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La monnaie n’est pas une excuse : remettre l’économie à l’endroit

La tentation est grande, dans le débat public, d’ériger la monnaie en symbole ultime de puissance. Pourtant, la réalité économique est souvent inverse : ce nest pas une monnaie forte qui crée une économie forte, mais une économie solide qui finit, naturellement, par soutenir une monnaie crédible.

Cest précisément là que le raisonnement dOusmane Sonko appelle à être sérieusement questionné. En mettant en avant la question monétaire comme levier central voire comme explication implicite de certaines contre-performances. Il inverse lordre des priorités. Or, cette inversion nest pas sans conséquence : elle peut conduire à des choix politiques précipités, fondés davantage sur le symbole que sur lefficacité.

Une monnaie nest jamais forte par décret. Elle lest parce quelle repose sur une économie productive, diversifiée, capable dexporter, dinnover et de créer de la valeur. Sans ces fondations, toute ambition monétaire autonome risque de se heurter à une réalité brutale : inflation, perte de confiance, fuite des capitaux. Lhistoire économique récente, en Afrique comme ailleurs, la démontré à plusieurs reprises.

En laissant entendre que la transformation monétaire serait une condition déterminante de la réussite économique, Ousmane Sonko entretient une illusion dangereuse. Car pendant que lon débat de souveraineté monétaire, les véritables urgences restent entières : la compétitivité des entreprises, la qualité de la gouvernance, la maîtrise des finances publiques, lefficacité de linvestissement.

Plus encore, cette posture pose une question de responsabilité politique. Gouverner, ce nest pas désigner un cadre contraignant pour expliquer ses difficultés ; cest agir efficacement à lintérieur de ce cadre, tout en préparant lucidement les évolutions nécessaires. À défaut, le discours monétaire devient un refuge commode, une manière élégante de déplacer le centre de gravité du débat loin des résultats concrets.

Cela ne signifie pas que la question du franc CFA doit être évacuée. Elle mérite un débat sérieux, rigoureux, débarrassé des postures. Mais ce débat doit venir après ou au moins en parallèle dun travail exigeant sur les fondamentaux économiques. Sans cela, changer de monnaie reviendrait à changer dinstrument sans avoir appris à jouer juste.

Au fond, la vérité est simple, presque dérangeante : aucune réforme monétaire ne compensera des faiblesses structurelles non traitées. Et aucune souveraineté ne sera crédible sans discipline, sans production et sans vision cohérente.

La force dune monnaie ne précède pas celle dune économie. Elle en est le reflet. Et parfois, un reflet impitoyable.

Ibrahima Thiam, président du parti ACT

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