À ALAIN FOKA : DÉFENDRE L’AFRIQUE SANS DÉSHUMANISER

Nous sommes nombreux à partager une même exigence, celle de voir l’Afrique respectée, souveraine et digne.
Monsieur Alain Foka, cher frère, vos prises de parole participent souvent à cet éveil. Mais cette fois, votre récente chronique interroge. Car défendre la dignité de l’Afrique ne peut pas passer par la déshumanisation d’autres êtres humains.
Parler d’êtres humains comme de « déchets toxiques », « ordures », « psychopathes », ce n’est pas éveiller. C’est déshumaniser.
Oui, il faut dénoncer les rapports de force. Oui, il faut refuser que l’Afrique soit traitée comme une variable d’ajustement. Mais non, cela ne justifie pas d’insulter des êtres humains. Car une question simple se pose : de qui parle-t-on réellement ?
Prenons un exemple concret, selon des informations relayées par MediaCongo (17 avril 2026), parmi les personnes accueillies en RDC, certaines sont identifiées comme originaires de Colombie, du Pérou ou de l’Équateur, et prises en charge totalement par l’administration américaine, dans le cadre de procédures administratives. Nous ne parlons donc pas
de « criminels incontrôlables », mais de personnes dont la situation est encadrée.
Et au-delà des chiffres, il y a des réalités humaines. Parmi eux, il y a aussi des migrants en détresse, comme on en trouve partout dans le monde. Des hommes, des femmes, parfois des familles entières, qui fuient la violence ou la misère. Comme nos propres frères qui traversent le désert, qui meurent en Méditerranée, qui survivent dans l’ombre à Paris, ou à Johannesburg.
Alors posons-nous une question simple. Si ceux-là ne sont pas des « déchets », alors pourquoi les autres le seraient-ils ? Si nous acceptons ce vocabulaire, alors avec quel visage dénoncerons-nous demain le racisme ailleurs ? Que ça soit le Malawite à Johannesburg, le Sénégalais à Paris, le Congolais à Bruxelles, l’Italien voire l’Espagnol ou le Portugais en France, ou encore le Mexicain aux Etats-Unis, c’est le même être humain, soumis aux lois du pays qui l’accueille. Le respect que nous exigeons pour les nôtres, nous devons l’accorder aussi aux autres.
Oui, il y a un rapport de force. Oui, il y a des pressions. Oui, il y a des logiques de domination. Dénonçons-les. Je serai à vos côtés. Mais traiter des humains de « déchets » ne nous rendra ni plus souverains, ni plus forts. Cela nous rendra encore moins crédibles.
Cela nous rapproche dangereusement des logiques qui, hier, ont servi à nous déshumaniser.
Mais au fond, le vrai enjeu est ailleurs. Que proposons nous comme alternative ? Comment bâtir notre autonomie ? Comment renforcer le commerce intra-africain ? Comment négocier autrement que dans la faiblesse ?
Dénoncer est nécessaire. Construire est indispensable. La faim se soigne. L’ignorance tue. Mais la haine dé truit tout. Alors oui, il faut réveiller l’Afrique. Mais élever la conscience vaut mieux qu’alimenter la colère.
L’Afrique n’est pas une poubelle. Justement parce qu’elle a connu la déshumanisation, elle devrait être la première à la refuser.
La dignité de l’Afrique est un combat légitime. Elle impose une règle simple. Ne jamais déshumaniser. Défendre l’Afrique, oui. Perdre notre humanité, jamais.
Fraternellement,
Jean-Louis Tshimbalanga
Président – Convergence pour l’Emergence du Congo.


