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Guinée : face à un Doumbouya tout-puissant, les opposants réduits à la peur et au silence

Quatre ans après le coup d’État du 5 septembre 2021, la Guinée vit sous l’autorité incontestée du général Mamadi Doumbouya. Si ses partisans saluent ses “réformes” et sa “vision”, les opposants, eux, dénoncent un climat de terreur, de censure et de disparition forcée. Alors que le référendum constitutionnel de septembre approche, le pouvoir en place verrouille peu à peu l’espace politique.

Le projet de Constitution, remis fin juin au président, prévoit un mandat de sept ans renouvelable une fois, mais ne tranche pas sur l’éligibilité des membres de la junte. Officiellement, Doumbouya n’a pas déclaré sa candidature. Officieusement, les appels à son maintien se multiplient, dans un pays où toute contestation est réprimée.

Des affiches à son effigie ont longtemps inondé les villes, des marches “pour la continuité” sont organisées par des soutiens du régime, alors même que les manifestations sont interdites depuis mai 2022. Des observateurs dénoncent des rassemblements financés par des fonds publics, et la distribution de t-shirts ou de primes pour gonfler les foules.

Le drame de Nzérékoré, où 56 personnes sont mortes lors d’un tournoi pro-junte, a marqué un tournant. Depuis, les soutiens à Doumbouya se structurent localement, avec le concours d’hommes d’affaires, de chefs religieux, et même d’artistes. Plusieurs stars, comme le chanteur Oudy 1er ou le rappeur Black M, ont reçu des véhicules du président, en échange de leur loyauté affichée sur les réseaux sociaux.

Dans les sphères politiques, les ralliements se multiplient aussi. Des cadres de partis d’opposition ont rejoint le gouvernement. D’anciens journalistes critiques se retrouvent à la tête d’organes de communication du pouvoir. “Une stratégie d’enrôlement par la récompense”, selon un activiste.

En parallèle, les voix dissidentes se font rares. Plusieurs médias indépendants ont été fermés en 2024. Des journalistes confient s’autocensurer ou publier sous pseudonyme. “C’est la seule manière de rester libre sans disparaître”, explique l’un d’eux. Car depuis un an, six figures de l’opposition ont été enlevées, souvent en pleine rue, parfois sous les yeux de témoins.

Si certains comme Abdoul Sacko ou l’avocat Mohamed Traoré ont été retrouvés, couverts de blessures, d’autres restent introuvables. Les autorités nient toute implication et promettent des enquêtes, mais les familles attendent toujours des réponses.

Dans ce climat de peur, certains militants mettent en place des systèmes d’alerte entre eux : partage de position, photos de taxis, trajets signalés à des groupes de confiance. “On vit dans la crainte permanente”, résume Lansana, un activiste sous pseudonyme.

La transition promise en 2021 devait durer trois ans. Ce délai est aujourd’hui dépassé. Le référendum constitutionnel de septembre et la présidentielle attendue en décembre cristallisent les tensions. Peu doutent que Mamadi Doumbouya sera candidat. Reste à savoir qui osera s’y opposer.

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