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CAMEROUN : l’annonce officieuse d’une nouvelle candidature de Paul Biya

À quinze mois de l’élection présidentielle prévue en octobre 2026, l’annonce officieuse d’une nouvelle candidature de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, agite la scène politique camerounaise. À 92 ans, le chef de l’État suscite admiration chez ses partisans, mais aussi exaspération et inquiétude chez ses opposants et une large partie de la société civile.

Une candidature sans surprise, mais controversée

S’il n’a pas encore déclaré publiquement son intention de briguer un nouveau mandat, plusieurs responsables du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) multiplient les appels à la candidature du président sortant. Lundi, lors d’une réunion du bureau politique à Yaoundé, des cadres du parti ont « solennellement demandé au président Biya de continuer à guider la nation ».

Un discours qui rappelle les précédentes campagnes électorales du chef de l’État, où la candidature de Paul Biya est généralement suggérée puis officialisée à la dernière minute. Pour ses partisans, sa longévité est un gage de stabilité dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs, notamment dans les régions anglophones et à la frontière avec le Nigeria. « Le président Biya incarne la paix et l’unité nationale. À l’heure des incertitudes régionales, nous avons besoin de son expérience », affirme Jacques Fame Ndongo, membre influent du RDPC.

Une opposition vent debout

Mais pour l’opposition, cette possible candidature relève d’un « déni de démocratie ». Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), dénonce un « verrouillage du système politique par un homme qui refuse de passer le témoin ».

Plusieurs figures politiques et activistes rappellent que Paul Biya, déjà en poste depuis 43 ans, est l’un des plus anciens dirigeants au monde encore en exercice. Ils pointent également son âge avancé et les absences prolongées du président, souvent en séjour médical à Genève, comme signes d’une incapacité à diriger efficacement le pays. « Il est urgent d’ouvrir une nouvelle page. Le Cameroun ne peut continuer à fonctionner comme une monarchie présidentielle », déclare l’universitaire et analyste politique Achille Mbembe.

Une jeunesse de plus en plus critique

Dans un pays où près de 75 % de la population a moins de 35 ans, la perspective d’un nouveau mandat de Paul Biya passe mal auprès des jeunes, qui expriment leur frustration sur les réseaux sociaux. Des appels à manifester ont déjà été lancés par certains mouvements citoyens, bien que les autorités aient jusqu’ici interdit toute mobilisation. « Comment comprendre qu’un homme qui a connu l’indépendance continue de décider de l’avenir de millions de jeunes ? », s’interroge Mariam, étudiante à Douala.

Des incertitudes sur la transition

Cette candidature potentielle soulève aussi des questions sur la succession politique. Au sein du RDPC, aucune figure ne semble prête à prendre le relais de manière consensuelle. Certains observateurs redoutent une crise institutionnelle si la transition n’est pas préparée en amont.« Le plus grand danger n’est pas qu’il se représente, mais qu’il parte sans avoir organisé une relève crédible », prévient un diplomate occidental en poste à Yaoundé.

Si la candidature de Paul Biya se confirme dans les prochains mois, le Cameroun pourrait entrer dans une nouvelle phase de tensions politiques. Reste à savoir si la société civile et l’opposition parviendront à faire entendre une voix alternative dans un système verrouillé depuis quatre décennies.

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