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Présidentielle au Cameroun : Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya, l’éternel président-candidat

Au pouvoir depuis 1982, Paul Biya, 92 ans, a officiellement annoncé sa candidature à un huitième mandat lors de la présidentielle prévue le 12 octobre 2025. Si cette décision ne surprend personne, elle intervient dans un contexte marqué par des tensions inédites au sein même de son camp, alors que le plus vieux dirigeant en exercice au monde semble s’effacer peu à peu de la scène publique.

Un règne sans fin

À 92 ans, Paul Biya demeure ferme dans son refus de quitter le pouvoir. Son annonce, postée mi-juillet sur le réseau social X, reproduit presque mot pour mot celle de 2018. Il s’y présente comme le père de la Nation, prêt à répondre « aux appels pressants » venus des dix régions du pays et de la diaspora. Ce faux suspense, entretenu par un régime habitué à ce jeu, vise à renforcer sa légitimité aux yeux de ses soutiens.

Pour Roger Nicolas Oyono Mengue, doctorant à Sciences Po Bordeaux, « Paul Biya crée le suspense pour se relégitimer et apparaître comme la pièce maîtresse du puzzle politique camerounais ».

Une présence de plus en plus discrète

Malgré cette continuité affichée, la popularité du président semble s’effriter. Depuis plusieurs mois, il passe la majorité de son temps dans son village natal de Mvomeka’a ou en Suisse, alimentant les rumeurs sur son état de santé. Son absence prolongée fin 2024 a particulièrement relancé les spéculations autour de sa capacité à gouverner.

Des fissures au sein du pouvoir

L’annonce de sa candidature n’a pas empêché certains membres influents de son gouvernement, comme Issa Tchiroma Bakary ou Bello Bouba Maïgari, de se porter candidats à leurs tours. Paul Biya a aussi évité la traditionnelle consultation interne au sein de son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), provoquant des remous, notamment avec la contestation en justice de Léon Theiller Onana, qui réclame un congrès du parti.

Brice Molo, sociologue à l’EHESS, souligne que « l’absence de Paul Biya est compensée par l’hyperprésence du secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, qui semble être le véritable maître de la campagne ».

Un système politique encore solide

Malgré ces défis, le système Biya continue de fonctionner grâce à un réseau complexe de redistribution des postes et des ressources, qui permet de maintenir un consensus national fragile. Selon Roger Nicolas Oyono Mengue, « la loyauté de l’administration et de l’armée, associée à une gestion clientéliste, assure à Paul Biya une base de soutien suffisante ».

Le pays, riche en pétrole, gaz, bois précieux et premier exportateur africain de cacao, affiche une croissance de 3,5 % en 2024, favorisée notamment par la hausse des prix du cacao et une meilleure alimentation en électricité.

Un pouvoir contesté mais résilient

Alors que les critiques se font plus nombreuses et que l’opposition peine à s’organiser, Paul Biya incarne toujours la stabilité pour une partie du pays. À presque 43 ans de règne, il reste un acteur incontournable de la scène politique camerounaise, bien que son avenir politique suscite de plus en plus d’interrogations.

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