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Madagascar : crise institutionnelle majeure après la destitution de Rajoelina et l’annonce de la prise de pouvoir par l’armée

Madagascar traverse une nouvelle zone de turbulences politiques. Mardi, l’Assemblée nationale a voté la destitution du président Andry Rajoelina, quelques heures après que ce dernier a publié un décret de dissolution de cette même Assemblée, plongeant le pays dans un bras de fer institutionnel sans précédent.

Peu après ce vote explosif, une unité militaire ayant rallié la contestation issue du mouvement de jeunesse « Gen Z » a annoncé « prendre le pouvoir » et a déclaré la suspension de la Constitution, affirmant vouloir « assurer la stabilité du pays et protéger la volonté du peuple ».

Une confrontation directe entre institutions

Le camp présidentiel a immédiatement réagi, dénonçant une “tentative de coup d’État”. Dans un communiqué, la présidence a assuré qu’Andry Rajoelina “demeure pleinement en fonction” et que toute décision de l’Assemblée est « nulle et non avenue » puisque celle-ci aurait été légalement dissoute avant le vote de la destitution.

Les députés contestent la légalité du décret de dissolution, arguant que celui-ci est survenu alors que la procédure de destitution était déjà enclenchée. La tension entre les deux institutions a atteint son paroxysme lorsque certains élus ont été empêchés d’accéder à l’hémicycle par les forces de sécurité.

L’armée entre en scène

C’est dans ce contexte explosif qu’une faction militaire, se présentant comme « garante de l’ordre et de la souveraineté populaire », a annoncé qu’elle suspendait la Constitution et prenait les rênes du pouvoir exécutif à titre transitoire. Les militaires n’ont pas précisé la durée de cette transition, mais ont évoqué la mise en place d’un « Conseil de restauration nationale » composé de civils et de militaires.

Cette faction est notamment soutenue par des jeunes manifestants du mouvement Gen Z, très actifs depuis plusieurs mois contre la gouvernance du président Rajoelina, qu’ils accusent d’autoritarisme, de corruption et de manipulation électorale.

Une situation incertaine et explosive

Pour l’heure, il n’est pas clair si l’ensemble de l’armée soutient cette prise de position ou s’il s’agit d’une division interne. Plusieurs gouverneurs de province et maires de grandes villes ont appelé au « calme » et demandé une médiation nationale.

Les organisations internationales, dont l’Union africaine et la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe), suivent la situation de près. Des consultations d’urgence seraient en cours pour éviter une escalade pouvant mener à des affrontements.

Un scénario qui rappelle les crises passées

Madagascar a connu plusieurs crises politiques majeures depuis 2002, dont certaines avaient déjà impliqué Andry Rajoelina. Son accession au pouvoir en 2009 s’était faite avec le soutien d’une partie de l’armée après la chute de Marc Ravalomanana. Ironie de l’histoire, c’est aujourd’hui Rajoelina qui se retrouve confronté à une contestation politico-militaire de grande ampleur.

En attendant des clarifications, Madagascar se retrouve au bord d’un vide institutionnel, tiraillée entre un président qui refuse de quitter le pouvoir, un Parlement qui revendique la légalité de sa décision, et des militaires qui s’auto-proclament arbitres du processus.

La population, lassée des crises à répétition, observe avec inquiétude l’évolution d’une situation dont l’issue reste totalement incertaine.

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