Soudan : la CPI condamne un chef de milice pour crimes contre l’humanité au Darfour

La Cour pénale internationale (CPI) a reconnu coupable, lundi, le chef de milice soudanais Ali Mohamed Ali Abd-Al-Rahman, alias Ali Kosheib, de crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis entre 2003 et 2004 dans la région du Darfour, théâtre d’un conflit meurtrier ayant fait plus de 300 000 morts.
La juge Joanna Korner, présidente de la chambre, a déclaré que l’accusé était coupable au-delà de tout doute raisonnable de multiples atrocités, dont meurtres, viols, tortures et persécutions. Le verdict sur la peine sera rendu à l’issue d’audiences prévues du 17 au 21 novembre.
Selon la Cour, Ali Kosheib ne se contentait pas de diriger les opérations : il participait personnellement à des exactions, ordonnant notamment l’exécution de civils et supervisant des attaques contre des villages entiers. Des témoins ont décrit des scènes d’une extrême violence, marquées par des viols collectifs et des massacres de civils.
L’homme de 65 ans, ancien commandant des Janjawids, milice pro-gouvernementale soutenue par le régime d’Omar el-Béchir, a toujours nié les faits, affirmant qu’il n’était pas l’homme recherché par la CPI. Il s’était pourtant rendu volontairement à la Cour en 2020, expliquant avoir « agi par désespoir » pour échapper à une arrestation au Soudan.
Le procureur a rappelé que les crimes jugés visaient principalement des civils non armés, et non des rebelles, dénonçant « des souffrances physiques et psychologiques d’une ampleur inhumaine ».
Le conflit du Darfour, déclenché en 2003 par une rébellion dénonçant la marginalisation des populations non arabes, avait entraîné la riposte brutale de Khartoum, qui avait armé les milices Janjawids. Outre les centaines de milliers de morts, les violences ont provoqué le déplacement de 2,5 millions de personnes.
Cette condamnation marque une victoire judiciaire majeure pour les victimes du Darfour et un signal fort de la lutte contre l’impunité. Reste à savoir si la CPI pourra un jour juger Omar el-Béchir, l’ancien président soudanais toujours recherché pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité.



